Par : Sylvie Tremblay
Le 12 août dernier a eu lieu à Montréal le dévoilement d’une place commémorative de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour souligner le 350e anniversaire de la présence des Sulpiciens au Canada. Fondée par Jean-Jacques Olier, en 1641, cette communauté de prêtres établie à Paris dans la paroisse Saint-Sulpice, avait comme préoccupation les missions et la formation des prêtres. Leur arrivée à Montréal est associée au fait qu’Olier fait aussi partie de la Compagnie du Saint-Sacrement, dont certains membres comme Gaston de Renty et Jérôme Le Royer de La Dauversière ont joué un grand rôle dans la fondation de la Société Notre-Dame de Montréal. En 1650, Olier devient le directeur de cette société.
De 1642 à 1657, les Jésuites assurent le ministère à Montréal. La colonie grandissant rapidement, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance demandent à Olier le soutien des Sulpiciens. Le 12 août 1657, les sulpiciens Gabriel Thubières de Lévy de Queylus, supérieur, Gabriel Souart, curé, Dominique Galinier, vicaire et Antoine d’Allet, diacre, arrivent à Montréal.
Entre 1657 et 2007, plus de 650 sulpiciens ont œuvré au Canada. En plus de prodiguer les services religieux à Montréal, dans des paroisses avoisinantes et auprès des Autochtones, les Sulpiciens ont été les aumôniers de plusieurs communautés religieuses féminines, ont formé plus de 6 000 prêtres et participé activement à la vie culturelle de Montréal. Quatorze sulpiciens canadiens, d’adoption ou d’origine, sont devenus évêques dont trois cardinaux : Édouard Gagnon, Marc Ouellet et le plus connu, Paul-Émile Léger.
Paul-Émile Léger est né à Valleyfield le 26 avril 1904, fils d’Ernest Léger et d’Alda Beauvais et frère de Jules, gouverneur général du Canada de 1974 à 1979. Après des études classiques au Séminaire de Sainte-Thérèse et des études théologiques au Grand Séminaire de Montréal, il est ordonné prêtre le 25 mars 1929. De 1933 à 1939, il est supérieur fondateur du Séminaire de Fukuoka au Japon. Il revient au Canada en 1940 où il est vicaire général du diocèse et curé de la cathédrale de Valleyfield jusqu’en 1947. Il devient recteur du Collège pontifical canadien à Rome et en assume la direction pendant trois ans (1947-1950). Le pape Pie XII le choisit comme archevêque de Montréal le 25 mars 1950 et l’ordonne évêque le 26 avril suivant. Deux ans plus tard, il est nommé cardinal.
Le 9 novembre 1967, le cardinal Paul-Émile Léger annonce sa décision de quitter son poste d’archevêque de Montréal pour aller en mission en Afrique. Il séjourne à Yaoundé pendant sept ans. À l’âge de 70 ans, il revient à Montréal et poursuit sa visée missionnaire. Pendant douze ans, il se consacre à développer des cliniques, hôpitaux, écoles et orphelinats dans plusieurs pays d’Afrique. Il meurt le 13 novembre 1991 à l’âge de 87 ans. Aujourd’hui, son œuvre se poursuit grâce à la Fondation Jules et Paul-Émile Léger.
Paul-Émile Léger est le descendant de l’ancêtre Léger le plus prolifique, soit Pierre Léger, dit Parisien, surnommé ainsi en raison de son lieu d’origine, la paroisse Saint-Étienne-du-Mont dans la ville de Paris. Fils de Pierre et de Marguerite Dendase et né vers 1685, il choisit la vie militaire et s’engage dans les troupes de la Marine; dès le début du XVIIIe siècle, il doit être présent en Nouvelle-France. L’année 1701 voit la fondation du poste avancé de Detroit dans Les Pays-d’en-Haut. Afin d’assurer la pérennité de ce poste de traite, Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac, a besoin de soldats pour le défendre. Il exige des autorités de la Nouvelle-France une compagnie de 200 soldats qu’il choisirait lui-même parmi les meilleurs de la colonie. Finalement, ce sont 150 d’entre eux qui prennent la direction de Detroit au début de l’été 1706, dont Pierre Léger.
Avant son départ, Pierre Léger prend pour épouse, le 15 mai 1706, à Québec, Jeanne Boilard, fille de Jean et de Jeanne Maranda, née le 13 avril 1687, à Lauzon. Pierre Léger et son épouse vivent quatre ans à Detroit à la fois en cultivant une terre et en assurant la défense du fort. Le 8 août 1710, Marie Liardin, veuve de Pierre Lencougné, vend à Pierre Léger sa terre située à la côte Saint-Laurent sur l’île de Montréal, longeant la rivière des Prairies. En 1722, la famille Léger réside dans la seigneurie de Vaudreuil tout en continuant l’exploitation de la terre située au faubourg Saint-Laurent dont elle ne se départit qu’en 1730 au profit des frères Charon. Pierre Léger meurt le 13 juin 1735 à Sainte-Anne-de-Bellevue.
Plusieurs autres hommes portant le nom de Léger se sont établis en Nouvelle-France et ont fait souche. Ainsi, il y a César Léger, un des premiers habitants de Montréal, maître taillandier qui y vit de 1643 à 1651. Il n’a pas toutefois laissé de postérité tout comme d’ailleurs Adrien Léger, un autre habitant de Ville-Marie tué en janvier 1661 par la chute d’un arbre. Jean Léger, sieur de la Grange, natif du Limousin, eut une vie bien remplie exerçant à la fois la profession de chirurgien, de marchand et de capitaine de vaisseau. De son union avec Louise Fauvel, célébrée en 1691 à Québec, il eut cinq filles dont l’aînée Geneviève devint religieuse ursuline à Québec.
On retrace aussi la famille Léger, dit Lajeunesse, dont l’ancêtre Pierre, cordonnier, vécut tant à Québec qu’à Montréal. Finalement, on ne peut oublier Jacques Léger, dit La Rozette, fondateur de la branche acadienne. Soldat-tambour de la compagnie de Villieu en garnison à Nachouac, aujourd’hui Frédéricton, Jacques Léger opte pour la vie civile et épouse, à Port-Royal, Anne-Madeleine Trahan en 1694. Il meut le 27 mars 1751 à l’âge de 83 ans. Plusieurs de ses descendants peuplent aujourd’hui l’Acadie et les provinces Maritimes.
Ascendance de Paul-Émile Léger
Pierre Léger et Jeanne Boilard, 15 mai 1706, Québec
Charles Léger et Françoise Leduc, 7 janvier 1738, Sainte-Anne-de-Bellevue
Paul Léger et Amable Daoust, 19 janvier 1767, Pointe-Claire
Étienne Léger et Élisabeth Juillet, 5 juin 1809, Soulanges
Étienne Léger et Marguerite Branchaud, 12 juillet 1835, Beauharnois
Étienne Léger et Alice Laberge, 5 octobre 1869, Beauharnois
Ernest Léger et Alda Beauvais, 6 novembre 1901, Saint-Anicet
L’auteure remercie Rolland Litalien, p.s.s. pour sa précieuse collaboration.
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