La famille Beaubien


Par : Sylvie Tremblay

Dans le numéro précédent, j’ai retracé les origines de Justine Lacoste, fondatrice de l’Hôpital Sainte-Justine. Celle-ci était l’épouse de Louis de Gaspé Beaubien descendant d’une autre vieille famille dont les origines remontent au début de la Nouvelle-France. Le surnom Beaubien est associé à la famille Trottier, comme en fait foi le titre d’ascendance figurant sur cette page. L’ancêtre, Jules Trottier, est natif de la paroisse d’Igé dans le Perche, une région de la Basse-Normandie d’où sont partis les premiers colons de la Nouvelle-France comme les Cloutier, Fortin, Tremblay, etc.

Le 4 juillet 1646, Jules Trottier signe un contrat d’engagement d’une durée de sept ans envers Pierre Legardeur de Repentigny pour travailler sur la métairie de son beau-frère Jacques Leneuf de la Poterie située à Portneuf. Jules fait la traversée au cours du même été en compagnie de son épouse, Catherine Loiseau, et de ses quatre fils. Un enfant, Jean-Baptiste, naît au cours de la traversée et est porté sur les fonts baptismaux quelques jours après leur arrivée à Québec, le 27 septembre 1646.

Jules Trottier n’exploite pas longtemps cette métairie à cause des incursions des Iroquois. La famille trouve refuge à Trois-Rivières et s’établit définitivement au Cap-de-la-Madeleine en 1652. Jules Trottier est aussi charpentier et des documents témoignent de son activité en tant que tel comme pour la construction de la clôture du bourg de Trois-Rivières. Il est inhumé le 10 mai 1655 et Catherine Loiseau, le 28 janvier 1656. Les quatre fils de Jules Trottier fondent des familles et adoptent des surnoms au fil des générations : Desruisseaux, Desaulniers et Beaubien pour n’en citer que quelques-uns. La branche fondée par Antoine, baptisé le 21 janvier 1640 à Igé, venu en Nouvelle-France à l’âge de six ans, marié en 1663 avec Catherine Lefebvre et décédé le 5 décembre 1706 à Batiscan, a le sens des affaires et un intérêt pour la propriété foncière. Antoine se porte acquéreur de la seigneurie de l’île aux Hérons en 1698 et son propre fils, Michel, devient seigneur de Louseville en 1701.

À la sixième génération, on retrouve Pierre Beaubien, né le 13 août 1796 à Baie-du-Febvre. Après des études au Séminaire de Nicolet, il poursuit ses études de médecine à Paris où il obtient le titre de docteur, le 16 août 1822. Il travaille cinq ans en Europe et revient au Canada à l’automne de 1827. Le 28 février 1828, le Bureau des examinateurs en médecine de Montréal lui décerne une licence l’autorisant à pratiquer sa profession dans la province. Le 11 mai 1829, il épouse à Québec Justine Casgrain, fille de Pierre Casgrain, seigneur de Rivière-Ouelle, et veuve de Charles Butler Maguire, ancien chirurgien de la marine.

Il agit comme médecin auprès des Sulpiciens et des religieuses de la congrégation de Notre-Dame, ainsi qu’à l’Hôpital général et à l’Hôtel-Dieu de Montréal. II est le premier professeur de clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, où il pratique de 1829 à 1880. Membre de l’élite de la société, Pierre Beaubien est député du comté de Montréal en 1843 et 1844 et député du comté de Chambly en 1848 et 1849 à l’Assemblée législative. Durant cette même période, il est aussi actif dans la politique municipale à Montréal.

Pierre Beaubien est également un grand propriétaire foncier. Il possède de vastes terres à Côte-Sainte-Catherine, à Côte-Saint-Louis et à Côte-des-Neiges, sur lesquelles se trouve l’actuel cimetière de Côte-des-Neiges et où se développe la ville d’Outremont à la fin du XIXe siècle. Trois années avant sa mort, il cède à son fils Louis les 22 lots qu’il possédait encore dans cette municipalité. Il est décédé à Outremont, le 9 janvier 1881.

Son fils, Louis, a hérité du sens des affaires de son père et est passionné d’élevage et d’agriculture. Né à Montréal, le 27 juillet 1837, il fait ses études au collège Saint-Sulpice à Montréal. Il dirige une ferme vouée à l'élevage du bétail et des chevaux de race sur les domaines du coteau Saint-Louis et de la côte Sainte-Catherine. Il est aussi actif dans la presse écrite et les compagnies de chemin de fer. Entre 1867 et 1897, il siège comme député tant à la Chambre des communes qu’à l’Assemblée législative du Québec et occupe la fonction de commissaire de l'Agriculture et de la Colonisation. Sur la scène municipale, il est le fondateur de la ville d’Outremont en 1875 où il est décédé le 19 juillet 1915. De son mariage célébré le 31 mai 1864 avec Suzanne Lauretta Stuart, fille d'Andrew Stuart, juge en chef à la Cour supérieure, Louis a eu un fils prénommé Louis de Gaspé Beaubien.

Né à Montréal le 29 octobre 1867, Louis de Gaspé Beaubien s’intéresse au commerce et fait ses débuts en affaires avec la Maison J. L. Cassidy & Cie de 1887 à 1892. Par la suite, il fonde successivement la Canadian Produce Company, la Beaubien Produce & Milling Co., la Maison L. G. Beaubien & Cie (agents de change). Très actif dans le milieu montréalais de la finance, il devient président de la Bourse en 1932. Il meurt le 14 novembre 1939. Le 25 octobre 1899, il avait épousé Justine Lacoste.

Ascendance de Louis de Gaspé Beaubien

Jules Trottier et Catherine Loiseau, vers 1625, Igé, Perche
Antoine Trottier et Catherine Lefebvre, 2 septembre 1663, (contrat notaire Ameau)
Michel Trottier et Thérèse Mouet, 27 octobre 1715, Trois-Rivières
Jean-Louis Trottier, dit Beaubien, et Louise Manseau, 13 février 1752, Baie-du-Febvre
Jean-Louis Beaubien et Jeanne Manseau, 19 avril 1784, Nicolet
Pierre Beaubien et Justine Casgrain, 11 mai 1829, Hôpital général, Québec
Louis Beaubien et Suzanne Stuart, 31 mai 1864, Notre-Dame, Québec
Gaspé Beaubien et Justine Lacoste, 25 octobre 1899, Saint-Jacques, Montréal