La famille Lacoste et un hôpital portant le nom de Justine
Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967)


Par : Sylvie Tremblay

L’Hôpital Sainte-Justine situé à Montréal célèbre cette année son centième anniversaire de fondation. Au début des années 1900, plus d’un enfant sur quatre meurt avant d’atteindre l’âge d’un an. Les principales causes de décès sont liées au manque d’hygiène et d’éducation ainsi qu’à la pauvreté. Irma Levasseur (1878-1964), première femme médecin canadienne-française, est sensible à ce problème et veut améliorer les chances de survie des enfants. Recevant l’appui d’amis et de bienfaiteurs, elle ouvre le premier hôpital francophone pour enfants de Montréal dans une maison de la rue Saint-Denis, le 26 novembre 1907; cet hôpital ne compte alors que douze lits.

Aujourd’hui, l’Hôpital Sainte-Justine est un chef de file mondial dans le domaine de la pédiatrie. Derrière toute une équipe composée d’infirmières, de médecins et de professionnels du domaine de la santé, l’institution a pu compter depuis sa fondation sur un groupe de personnes convaincues qui ont recueilli des fonds pour que le rêve d’Irma Levasseur devienne une réalité, la principale ayant été Justine Lacoste-Beaubien.

Justine Lacoste est née le 1er octobre 1877 du mariage d’Alexandre Lacoste et de Marie-Louise Globenski. Le 25 octobre 1899, Justine épouse Louis de Gaspé Beaubien, un homme d'affaires connu et respecté. Il possède la Beaubien Produce and Milling Company et fondera plus tard la Maison L.G. Beaubien et Cie. Très actif dans le milieu montréalais de la finance, il devient président de la Bourse en 1932. Il meurt le 14 novembre 1939.

Durant 60 ans, Justine Lacoste-Beaubien fait de l’hôpital portant son nom sa raison de vivre. Sollicitée par Irma Levasseur pour le financement dès 1907, Justine entreprend l’année suivante des négociations avec la congrégation religieuse des Filles de la Sagesse afin d'obtenir leur collaboration pour assurer la formation d'infirmières spécialisées en pédiatrie et assumer la régie interne de l'établissement. L’entente entrera en vigueur en 1910. Par la suite, elle amasse des fonds pour l’agrandissement et le développement de l’hôpital. Le 5 juin 1943, Justine est nommée officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour son dévouement envers les enfants malades. En 1966, elle préside son dernier conseil d'administration et sa dernière assemblée générale annuelle. Le 18 mai, elle remet sa démission comme présidente de la Corporation de l'Hôpital Sainte-Justine. Le 17 janvier 1967, à l'âge de 90 ans, Justine Lacoste-Beaubien décède chez elle des suites d'une courte maladie. Elle lègue une importante somme d’argent qui servira à créer, en 1969, la Fondation Justine-Lacoste-Beaubien pour encourager la recherche.

Deux sœurs de Justine ont elles aussi été fortement impliquées dans le mouvement social. Marie (1867-1945) épouse d’Henri Gérin-Lajoie. Elle est une pionnière du mouvement féministe au Québec. Elle milite pour la réforme du Code civil, l'accession des femmes aux études universitaires, aux carrières professionnelles et libérales et l'obtention du droit de vote. En 1907, elle fonde un organisme de promotion des droits civiques et politiques des femmes, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Sa fille, sœur Marie-J. Gérin-Lajoie, devient, en 1911, la première femme bachelière d'une université francophone au Québec.

Thaïs (1886-1963) l’autre sœur de Justine épouse Charles Frémont, avocat. Elle fonde, en 1926, l’Association des femmes conservatrices de la cité et du district de Québec. En 1927, elle est déléguée à la convention nationale du Parti conservateur. Elle s’illustre, en 1932, comme première déléguée à la 13e assemblée de la Société des Nations, à Genève, et devient ainsi la première Canadienne française à occuper un poste officiel au Canada. Elle consacre ses efforts au statut légal de la femme mariée dans la province de Québec et collabore régulièrement avec les quotidiens en plus de faire de la propagande pour la Croix-Rouge canadienne.

Le père de Justine, Alexandre, est né à Boucherville le 13 janvier 1842; il est le fils du notaire Louis Lacoste et de sa troisième épouse, Thaïs Proulx. Il fait ses études au séminaire de Saint-Hyacinthe et à l'Université Laval à Québec. Après avoir été admis au barreau du Bas-Canada, le 3 février 1863, il exerce sa profession d’avocat à Montréal. Il est bâtonnier du barreau de Montréal et professeur de droit à l'Université Laval à Montréal de 1880 à 1923. Sa carrière est couronnée par sa nomination comme juge en chef de la province de Québec, poste qu'il occupe du 14 septembre 1891 au 26 janvier 1907. Il est décédé à Montréal, le 17 août 1923, à l'âge de 81 ans.

Le grand-père de Justine, Louis, est notaire et est né lui aussi à Boucherville, le 3 avril 1798. Entre 1834 et 1878, il est à maintes reprises député de Chambly. Pour avoir appuyé le Parti patriote et participé à la rébellion, il est emprisonné à Montréal du 8 décembre 1837 au 7 juillet 1838. Il est décédé à Boucherville alors qu’il est encore en fonction, le 26 novembre 1878.

L’ancêtre de la famille Lacoste, Alexandre, est natif de Saint-Julien-de Cassagnas, évêché de Nîmes dans le Languedoc. Venu en tant que soldat de la compagnie du sieur de Troyes, il s’établit à Boucherville et exploite la terre. Il épouse, en 1688, Jeanne Robin. Une fille naît de cette union en 1690, mais elle ne vécut que quelques mois; Jeanne Robin meurt des suites de l’accouchement. Devenu veuf, Alexandre épouse, en 1690, Marguerite Daniau avec qui il élèvera une famille de neuf enfants.