Alexander Desgagnés, trafiquant de fourrures
Médaille du Beaver Club de la Compagnie de la Baie d'Hudson, fondé en 1785. (Collection privée)


Par : Sylvie Tremblay

Lorsque j’ai retracé l’ascendance de mon époux, originaire du comté de Portneuf, j’ai découvert une ancêtre portant un nom tout à fait hors de l’ordinaire parmi tous ces noms canadiens-français : Charlotte McDougall. Au fil des ans, j’ai connu d’autres généalogistes qui se posaient des questions sur les origines familiales de Charlotte. En effet, les descendants de Charlotte sont nombreux.

Charlotte McDougall serait née vers 1783. Le 13 février 1798, elle épouse Augustin Bélisle, fils de Joseph Bélisle et de Marie-Louise Arcand, à Deschambault. Dans cet acte de mariage, on la qualifie de «fille mineure demeurant dans cette paroisse». Le contrat de mariage rédigé par le notaire François-Xavier Larue, le 27 janvier 1798, nous donne plus d’informations. Dans ce contrat, il est spécifié que Charlotte est la fille d’Alexander McDougall «bourgeois aux dit pays d’en haut», et que ses parents nourriciers sont Jacques Perreault et Marie-Charlotte Richaume. Ces derniers en prennent soin depuis l’âge de treize mois comme leur propre fille. Après son mariage, Charlotte McDougall passe toute sa vie à Deschambault et donne naissance à treize enfants, avant de mourir, le 15 avril 1826, âgée d’environ 43 ans.

On connaît le nom du père naturel de Charlotte grâce au contrat de mariage et aussi à d’autres documents notariés. Alexander McDougall confie officiellement l’enfant à Jacques Perreault et à son épouse dans un contrat d’engagement rédigé le 1er août 1787, devant le notaire Jean-Baptiste Desève. De plus, l’année suivant leur mariage, Augustin Bélisle se rend à Montréal et reçoit en mains propres une somme de 2 000 livres d’Alexander McDougall, somme considérable pour l’époque. L’acte notarié rédigé le 13 août 1799, par le notaire Peter Lukin, précise que la somme appartient en propre à Charlotte et ne fait pas partie de la communauté de biens. En cas de décès de Charlotte, cette somme ira à ses enfants.

Selon toute vraisemblance, Alexander serait le fils de John McDougall et de Rebecca Campbell, mariés en Écosse, le 7 juillet 1752. Si tel est le cas, il a été baptisé le 24 décembre 1756 à Clonmore, dans le comté de Invernesshire. Nous savons que Alexander avait pour frères Duncan, époux d’Isabel Shaw, Donald, établi dans le comté de Glengarry en Ontario et une sœur, Sarah, mariée à John Alexander McCorquadale, en Écosse. Des recherches menés par John H.M. Young nous font croire que John Dow McDougall, époux de Sarah Clousdale, serait aussi un enfant de John et de Rebecca. Si tel est le cas, William McDougall, descendant de John Dow, politicien et un des pères de la Confédération, serait apparenté de loin à Alexander et à sa fille Charlotte.

Les trois frères McDougall, Alexander, Duncan et Donald, vivent tout d’abord dans les colonies américaines. Loyaux envers la couronne d’Angleterre, Alexander aurait fait de l’espionnage pour le compte des troupes britanniques et Duncan est enseigne, puis lieutenant dans le 84e régiment, premier bataillon, des forces britanniques. À la fin de la révolution américaine, les trois frères suivent l’exemple de nombreux compatriotes surnommés loyalistes et s’établissent dans le Haut-Canada.

Alexander, à l’instar de plusieurs Écossais, se lance dans la traite des fourrures. Il entretient des relations d’affaires et d’amitié avec Angus Shaw, frère d’Isabel Shaw épouse de son frère Duncan, Aenas et Angus Cameron, William et James Grant, Richard Dobie, pour n’en nommer que quelques-uns. En 1788, il est commis de Richard Dobie et de James Grant au fort Abitibi pour devenir, en 1792, agent principal de ce fort. En 1795, la North West Company achète les droits des postes du Témiscamingue et Alexander passe le reste de sa carrière dans cette région. Le 26 août 1799, Alexander McDougall signe la nouvelle convention de la North West Company et en devient un des actionnaires. Il prend sa retraite en 1816 et s’installe sur sa ferme de Lachine, une grande propriété acquise en 1787.

Le 29 juillet 1820, Alexander McDougall dicte ses dernières volontés au notaire Henry Griffin. Ses biens seront divisés en six parts égales, dont deux sixièmes iront aux enfants de sa fille Charlotte, un sixième à George, fils de son frère Duncan, un sixième aux enfants de son défunt frère Donald et de sa sœur Sarah et les deux sixièmes restants à ses nièces Henrietta et Marianne, filles de son frère Duncan. Alexander meurt le 25 novembre 1821 et il est inhumé dans sa propriété de Lachine, selon ses dernières volontés. D’après l’inventaire réalisé au début du mois de décembre, sa propriété valait 2 750 livres et ses biens 159 livres. Le montant dû par divers créanciers et ses actions dans la North West Company, de la Banque de Montréal et du canal de Lachine totalise 4 767 livres. Alexander McDougall ne prit jamais épouse devant Dieu mais plutôt à la manière du pays. En plus de Charlotte, Alexander est le père d’Élisabeth, née en 1793 et de David, qui voulut suivre les traces de son père. Le 1er mai 1804, David entre au service de la McTavish Frobisher and Company comme clerc. Il meurt au mois de mai 1812, à l’âge de 24 ans. Son acte de sépulture précise qu’il est le fils d’Alexander et d’une Amérindienne, ce qui peut aussi avoir été le cas de Charlotte.