Les Desgagnés


Par : Sylvie Tremblay

De nos jours, le transport maritime est encore fort actif sur le fleuve Saint-Laurent et dans les Grands Lacs. Avec un chiffre d’affaires de plus de 50 millions de dollars, en 1997, le Groupe Desgagnés est un joueur important dans ce domaine et possède une flotte de plusieurs navires de fort tonnage. L’implication de la famille Desgagnés dans le transport maritime et la construction navale n’est pas nouvelle et remonte à plus de 250 ans.

C’est dans la commune de Ducy-Sainte-Marguerite, située à mi-chemin entre Bayeux et Caen dans le département du Calvados, ancienne province de Normandie, que l’ancêtre des familles Desgagnés voit le jour. Né vers 1670, du mariage de Robert Desgagnés et de Marguerite Voisins, Jacques choisit la vie militaire. Lorsque François Renaud Marie d’Avène des Meloises obtient, en 1685, le commandement d’une compagnie des troupes de la marine, celui-ci procède au recrutement de soldats en France. Cette compagnie débarque à Québec le 1er août 1685, après une traversée difficile durant laquelle plusieurs soldats périssent en mer.

Divers documents nous permettent de constater que Jacques Desgagnés fut actif dans la compagnie de Meloises durant près de quatorze ans, soit de 1685 à 1698. Durant son service militaire, Desgagnés participe à plusieurs campagnes dont celle contre les Tsonnontouans dans la région de Detroit, en 1687, et contre les Iroquois, en 1689, après le massacre de Lachine. Ses services sont récompensés par l’obtention du grade de sergent.

En Nouvelle-France, les soldats logent chez l’habitant, participant aux travaux de la ferme lorsque leurs services ne sont pas requis par leur commandant. C’est ainsi que de nombreux soldats ont fait la rencontre de jeunes filles du pays et les ont épousées. On peut présumer que c’est de cette façon que Jacques Desgagnés fait la connaissance de Geneviève Pelletier, fille de François Pelletier et de Marguerite Morisseau, famille propriétaire de la seigneurie d’Antaya dans la région de Sorel. Le mariage est célébré à Montréal, le 14 mai 1690.

Le dicton «qui prend mari, prend pays» s’applique bien à la situation de Geneviève Pelletier puisque le service militaire de Jacques oblige la famille à se déplacer comme en témoigne les différents actes de baptême des sept enfants (Sorel, Lachine, Québec, Montréal, Sainte-Anne-de-Bellevue et de nouveau Lachine). Après avoir quitté le régiment de Meloises, entre 1698 et 1701, Jacques Desgagnés a peut-être travaillé comme fermier pour diverses personnes, mais l’aventure l’attire toujours.

La traite des fourrures répond aux attentes de Jacques, soit la découverte de nouveaux horizons, l’imprévu et un gain de capital rapide pour assurer la subsistance de sa famille. Dès 1698, un acte notarié, en l’occurrence une obligation envers Nicolas Jeanvrin dit Dufresne, mentionne la possibilité d’un remboursement en peaux de castor. En deux occasions, le 17 mai 1710 et le 5 septembre 1712, devant le notaire Adhémar, Desgagnés signe des contrats d’engagement pour se rendre au fort Pontchartrain, aujourd’hui Detroit, en tant que voyageur.

Après une vie fort mouvementée, Jacques Desgagnés rend l’âme le 17 septembre 1714, à l’âge de 45 ans. Sa veuve, Geneviève Pelletier, résidera alors chez sa fille, Marie-Louise, épouse d’Eustache Gourdel, à Québec.

La tradition maritime dans la famille Desgagnés est instaurée par Benjamin Desgagnés, fils de Jacques, qui exerce le métier de navigateur. En 1736, il fait l’acquisition d’un bateau. Nicolas-Joseph, autre fils de l’ancêtre, épouse, à Québec, le 18 octobre 1729, Madeleine Royer. Nicolas-Joseph Desgagnés adopte la vie insulaire et s’établit à l’île d’Orléans et par la suite à l’île aux Coudres, en 1756. Ses descendants seront charpentiers de navire, constructeurs de goélettes, navigateurs et pilotes.

Maurice Desgagnés et Marie Boudreault, mariés le 6 avril 1874, aux Éboulements, sont les ancêtres du Groupe Desgagnés. C’est en 1917 que leur fils, Zalada, né le 14 décembre 1880, a construit sa première goélette, la J. Z. Desgagnés. À leur tour, les trois fils de Zalada, Joseph, Roland et Maurice, ont poursuivi le métier. En 1935, ils construisent le premier des bateaux entièrement à moteur de l’entreprise familiale. Finalement, c’est en 1972 qu’Yvan Desgagnés, petit-fils de Zalada, fonde le Groupe Desgagnés qui appartenait à quatorze actionnaires, tous frères ou cousins, issus des trois associés de la génération précédente, ce qui démontre bien que la vie maritime est une affaire de famille chez les Desgagnés!