Louis Houde et ses descendants
Émilie Houde, épouse de Philibert Tremblay, arrière-grand-mère de l’auteure. (Collection privée)


Par : Sylvie Tremblay, maître généalogiste agréé.

Encore aujourd'hui, en tant que généalogiste, il est facile d'associer un patronyme particulier à une région. Ainsi, le nom Houde est intimement lié à la région de Lotbinière, lieu d'établissement de l'ancêtre, à la fin du XVIIe siècle. Il faut aussi noter que les surnoms suivants y sont associés : Hould, Houle, Desrochers, Desruisseaux, Durocher et Leclerc. L'ancêtre unique, répondant au nom de Louis Houde, est originaire de Manou, évêché de Chartres, département de l'Eure et Loire. Fils de Noël Houde et d’Anne Lefebvre, il est né le 1er uillet 1617.

À l'été 1647, Louis Houde effectue la traversée de l'Atlantique, sur un navire de la Compagnie des Cent-Associés, avec le père Jean de Quen. Le 1er uillet 1647, il est présent à Québec devant le notaire Claude Lecoustre pour témoigner d'un incident survenu à bord du navire : Charles Goiré s'était enivré et il a disparu.

Louis Houde travaille tout d'abord comme domestique au service de Noël Juchereau, pendant trois ans. Il exerce aussi un métier spécialisé : maçon. Mais pour vivre en Nouvelle-France, il faut cultiver une terre. Le 19 juin 1650, il loue la terre d'Antoine Brassard, située sur le chemin de la Grande Allée, à l'extérieur de l'enceinte de la ville de Québec. Ce sera le début de nombreuses transactions foncières dans l'arrondissement de Québec. Nous pouvons en conclure que Louis Houde spécule sur des terres pour s'enrichir.

Finalement, le 27 juin 1656, il se porte acquéreur d'une terre de quatre arpents de front sur 72 arpents de profondeur, dans la paroisse Sainte-Famille de l'île d'Orléans. Encore une fois, Louis Houde procède à de nombreux échanges avec d'autres habitants et membres de sa belle-famille en vue d'agrandir son domaine et de multiplier ses biens. Les divers recensements témoignent de cet accroissement. Ainsi, en 1667, Louis Houde possède trois bêtes à cornes et dix-sept arpents de terre en valeur, alors que le recenseur déclare huit bêtes à cornes et 40 arpents en valeur, en 1681.

Il en est propriétaire jusqu'en 1685. Trois ans plus tôt, il avait acquis, des ursulines de Québec, un vaste domaine de douze arpents de front dans la seigneurie Sainte-Croix de Lotbinière. C'est dans ce lieu que Louis Houde et ses neuf fils vont s'établir de façon définitive et élever de nombreuses familles. Afin de se différencier, certains fils vont adopter des surnoms : Desrochers, Desruisseaux et Bellefeuille. Avec le temps, ces surnoms sont devenus noms de famille. Homme d'affaires averti, Louis a su faire preuve de générosité en donnant la terre pour la construction de l'église de Sainte-Croix.

Le 12janvier 1655, Louis Houde épouse Madeleine Boucher, fille de Marin Boucher et de Perrine Mallet. De cette union, quatorze enfants voient le jour, dont seules deux filles sont décédées avant l'âge de cinq ans. Parmi les enfants qui parviennent à l'âge adulte, on retrouve neuf fils qui, tous sans exception, se marient entre 1678 et 1708. Parmi les 75 petits-enfants, on dénombre 25 petits-fils qui, à leur tour, fondent des foyers. Le 28 octobre 1709, les époux Houde font dresser l'inventaire de leurs biens. Leurs actes de sépulture ne nous sont pas parvenus, mais on croit que Louis Houde est décédé au cours de l'année 1712, âgé de plus de 90 ans.

Par mon arrière-grand-mère, Émilie Houde, j'appartiens à cette grande famille québécoise. Son père, Lazare, exerçait le métier de meunier. Au début des années 1860, il vint s'établir à Charlesbourg pour exploiter un moulin à farine sur l'emplacement actuel du jardin zoologique. Aujourd'hui encore, on peut voir des vestiges de cet ensemble de sept moulins aux vocations diverses. Mais un mystère demeure au sujet de cette famille. De l'union de Louis Houde et de Louise Houde, célébrée en 1820, à Saint-Antoine de Tilly, outre Lazare, treize autres enfants ont vu le jour. J'ai retracé les différents actes attestant leur existence et je me pose encore des questions sur le destin réservé à certains membres de la famille. Désiré vit le jour le 7 février 1832 et il devint pilote sur le fleuve Saint-Laurent. Alors qu'il travaillait sur le bateau à vapeur Comet, il a été retrouvé sans vie près de l'un des quais de la basse-ville de Québec. Deux ans plus tard, le 30 juin 1864, la Faucheuse frappe encore... Norbert, né le 18 novembre 1836, journalier dans la paroisse de Lévis, est retrouvé noyé dans les eaux du fleuve Saint-Laurent.

Mais jamais deux sans trois... Hermine, sœur aînée de Désiré et de Norbert, avait épousé Élie Lambert, le 18 janvier 1853, à Saint-Antoine-de-Tilly. Le 23 juillet 1864, son époux vint la chercher au quai, alors qu’elle revenait d'un voyage à Québec à bord du bateau à vapeur Saint-Antoine. Selon le rapport du coroner : «après avoir débarqué différents effets du dit vapeur, s'en retournant la dernière fois, avec deux petite boîtes sous les bras, ayant un fanal allumé, rendu sur le quai étant occupé à éclairer une personne débarquant des effets, la lumière étant pour son usage, au lieu de prendre la direction qu'il avait déjà prise, pour le conduire à terre, en a pris une autre vers le sud-ouest, et est tombé au bas du quai». Conclusion de l'enquêteur : Élie Lambert s'est noyée accidentellement. Ainsi, trois décès accidentels sont survenus dans une même famille à l'intérieur d'une période de deux ans. Je peux en tirer diverses conclusions (mauvais sort, jalousie, vengeance ou pur accident), mais le mystère demeure entier.

Pour en savoir plus sur l'Association des descendants de Louis Houde et de Madeleine Boucher, je vous invite à visiter leur site Internet.


http: //www.mediom.qc.ca/~famhoude