Par : Sylvie Tremblay, maître généalogiste agréé
Au fil des ans, certains mythes ont été véhiculés auprès de la population. Confronté à cette réalité, le généalogiste doit parfois faire une recherche approfondie dans les documents d’archives afin de rectifier les faits. Si l’on prend comme exemple la famille Hébert, dans de nombreux écrits et dépliants publicitaires, on peut y lire que tous les Hébert ont pour ancêtre Louis Hébert, le premier colon de la Nouvelle-France !
Il s’agit là d’une généralisation erronée, mais qui n’est pas sans fondement. En effet, de nombreux Québécois retrouvent parmi leurs ancêtres Louis Hébert et Marie Rollet, sans toutefois porter le nom de Hébert. Allons-y de quelques explications. Je ne reviendrai pas sur la vie de Louis Hébert, d’ailleurs très bien documentée. À cet effet, je suggère la lecture de l’article de mon collègue Jacques Lacoursière dans Cap-aux-Diamants, no 29, printemps 1992. Des découvertes récentes indiquent que Louis Hébert était le fils de Nicolas, apothicaire de Paris, qu’il serait né en 1675 au Mortier d’Or, maison située près du Louvre et qu’il aurait épousé Marie Rollet à Paris, le 13 juin1602.
Nous connaissons trois enfants issus du mariage de Louis Hébert et de Marie Rollet. Tout d’abord, son fils Guillaume qui épouse Hélène Desportes, à Québec, le 1er octobre 1634. Ces derniers auront à leur tour trois enfants : un fils, Joseph, et deux filles, Françoise et Angélique. Ainsi, de Joseph, petit-fils de Louis, pourrait être issue une lignée directe répondant au patronyme de Hébert. Joseph épouse Marie-Charlotte de Poitiers, le 12 octobre 1660, à Québec. Le destin frappe alors que Joseph est enlevé par les Iroquois au mois de juin 1661. Et ce n’est qu’à l’été de 1662 qu’on apprend son décès. Entre-temps, Marie Charlotte donne naissance à un enfant prénommé Joseph, le 15 octobre 1661. Celui-ci meurt en bas âge, avant la tenue du recensement de 1666. Ainsi se termine la propagation du nom Hébert par les hommes.
Françoise Hébert, fille de Guillaume et petite-fille de Louis, baptisée à Québec le 23 janvier 1638, unit sa destinée avec Guillaume Fournier, natif de Coulmer en Normandie, à Québec, le 20 novembre 1651. Françoise sera la mère de quinze enfants dont de nombreux fils établis pour la plupart à Montmagny. En 1703, elle se voit accorder le titre de sage-femme grâce à sa grande expérience. Elle est inhumée le 16 mars 1716, à Montmagny. Finalement, le troisième enfant de Guillaume, Angélique, baptisée le 2 août 1639, semble être morte en bas âge et ne laisse donc pas de descendants.
Comme je l’ai dit précédemment, Louis Hébert eut deux filles : Guillemette et Angélique. Cette dernière épouse Étienne Jonquest, nouvellement arrivé dans la colonie, au début de l’été 1618. Elle meurt l’année suivante pendant un accouchement. L’enfant de sexe indéterminé ne survit pas. Au tour de Guillemette de sauver l’honneur des Hébert, ce qu’elle a réussi d’une façon grandiose. Le 26 août 1621, elle épouse à Québec Guillaume Couillard arrivé en 1613 comme charpentier et matelot pour la Compagnie des Marchands.
À ce sujet, je vous invite à lire mon article sur la famille Couillard (Cap-aux-Diamants, no 29, printemps 1992). Riches propriétaires terriens, les époux Couillard ont fait divers dons à des fins charitables et religieuses. Devenue veuve en 1663, Guillemette se retire à l’Hôtel-Dieu où elle rend l’âme le 20 octobre 1684.
Guillemette donne naissance à dix enfants entre 1625 et 1648. Deux de ses fils, Guillaume et Nicolas, sont tués eux aussi par les Iroquois la même année que son neveu Joseph Hébert. Une de ses filles, Madeleine, meurt célibataire. Parmi les sept enfants survivants, cinq filles ont contracté mariage : Louise avec Olivier Tardif, Marguerite avec Jean Nicolet et Nicolas Macard, Élisabeth avec Jean Guyon, Marie avec François Bissot et Jacques de Lalande et Catherine-Gertrude avec Charles Aubert. Finalement, deux fils, Charles et Louis, ont répandu le nom de Couillard et ses dérivés (Després, De L’espinay, De Beaumont).
Ainsi, je tire la conclusion suivante de cette enquête généalogique : Louis Hébert n’a aucun descendant par agnation, mais de nombreux par cognation qui répondent au nom de Fournier, Couillard, Tardif, Guyon-Dion, etc. Mais comme la vie d’une généalogiste est pleine d’imprévus, j’ai été surprise de constater que l’acteur Paul Hébert est un descendant de Louis. La raison en est fort simple : Guillemette Hébert-Couillard eut un fils nommé Charles, comme vous le savez maintenant, dont le propre fils Joseph époux de Geneviève Turgeon adopte le surnom de Hébert en l’honneur de sa grand-mère.
Au fil des générations, le patronyme Couillard a disparu pour ne laisser place qu’à celui de Hébert.
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