Une famille irlandaise en Mauricie. Les Cooke
Mgr Thomas Cooke, 1792-1870. (J.-B. Allaire. Dictionnaire du clergé canadien-français. Les anciens. Montréal 1910, p. 130)


Par : Sylvie Tremblay, maître généalogiste agréé

De nos jours, le patronyme Cooke est omniprésent dans la ville de Trois-Rivières : une rue, un hôpital, etc. Tous ces toponymes font référence à Thomas Cooke, premier évêque de ce diocèse de 1852 à 1870. De nombreux documents conservés chez les ursulines et au séminaire de Trois-Rivières attestent de sa vie sacerdotale. Pasteur avant tout, il faisait preuve d’une charité demeurée proverbiale dans les écrits et le souvenir de bien des gens.

Mais la présence de la famille Cooke dans la région trifluvienne ne se limite pas à l’évêque. Son père, Thomas Cooke, natif du comté de Cork en Irlande, est issu d’une famille renommée pour sa ferveur catholique. Selon certains écrits, s’appuyant probablement davantage sur la légende que sur des preuves, Thomas Cooke s’embarque en fraude sur un navire en partance pour l’Amérique pour échapper au cadre familial très strict. Il s’établit à Montréal où, après avoir été recueilli par le commandant du fort de l’île Sainte-Hélène, il travaille comme meunier. Le 16 janvier 1787, Thomas Coffin, seigneur de Pointe-du-Lac, engage Thomas Cooke pour travailler comme meunier et pour assister au moulin à scie. En retour, il s’engage à loger et à nourrir Cooke et à lui verser un salaire de 2 livres et 10 shillings par mois. Au terme de cet engagement d’une durée initiale d’un an, le contrat se poursuit.

Isabelle Guay, fille du capitaine de milice de Pointe-du-Lac, tombe sous le charme de Thomas Cooke. Le mariage est célébré le 6 septembre 1790. Même si la jeune fille est enceinte de cinq mois, le mariage n’en est pas moins heureux, couronné par la naissance de dix enfants. Il se termine abruptement le 1er novembre 1806 lorsque Isabelle Guay meurt à 36 ans, à la naissance de la petite Élisabeth. Les plus jeunes enfants sont alors confiés aux bons soins d’une tante, Josette Guay et de son époux, Firmin Desauniers. Après le décès de son épouse, Thomas Cooke déménage à Cap-de-la-Madeleine. Il disparaît mystérieusement au début du mois de décembre 1808, probablement noyé dans le fleuve Saint-Laurent. Son corps n’a jamais été retrouvé. Le 16 décembre 1808, Firmin Desauniers, oncle maternel, est élu tuteur des enfants. À l’instigation de cet oncle aimant et attentionné, ils recevront tous une solide éducation à Saint-Hyacinthe ou à Québec pour les garçons et chez les ursulines à Trois-Rivières pour les filles.

Le premier enfant d’Isabelle Guay, prénommé Thomas, est baptisé le 4 janvier 1791 et il meurt le 9 juin suivant. Le second fils, prénommé Thomas lui aussi, naît le 9 février 1792. Ordonné prêtre le 11 septembre 1814, il commence alors un ministère dynamique et astreignant, tout d’abord comme vicaire à Rivière-Ouelle et par la suite comme missionnaire à la baie des Chaleurs, de 1817 à 1823. Il est curé de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette de 1823 à 1835, répondant aux besoins des Hurons et des Irlandais de Valcartier. Finalement, il est nommé curé de Trois-Rivières en 1835, pour être sacré évêque le 18 octobre 1852. Il meurt le 31 mars 1870.

La naissance de Thomas est suivie par celle d’une fille, Apolline, le 23 décembre 1793. Cette dernière épouse Édouard Méthot, le 21 février 1816, à Trois-Rivières, et elle meurt le 31 mai 1839. André naît le 31 décembre 1795. Habile de ses mains, il travaillera aux forges du Saint-Maurice, avant d’ouvrir une boutique à Trois-Rivières. Il épouse Marie-Louise Moussette le 22 novembre 1824 et il est inhumé le 21 février 1878. Ses descendants ont tenu une serrurerie, à Trois-Rivières. Marguerite, née le 5 septembre 1797, suit son frère Thomas à baie des Chaleurs et elle agit comme domestique au presbytère. Le 22 mars 1821, elle se marie avec Louis Allain, à Caraquet. Elle meurt le 30 mai 1885, à Neguac, laissant une nombreuse descendance.

Pierre, surnommé Peter, est né le 1er octobre 1799. Après des études à Québec, il habite à Montréal où il pratique le métier de marchand tailleur. De son union avec Marie-Rose Guéret dit Lafleur, célébrée le 27 janvier 1829, soulignons Pierre-Thomas qui étudia au collège de Nicolet et en qui son frère, l’évêque Thomas, fondait de grands espoirs pour une vie vouée au sacerdoce. Il meurt subitement le 27 septembre 1851, victime d’une crise d’épilepsie. Mentionnons aussi Rose-Caroline qui épouse Joseph Tremblay, en 1854, à Longueuil. Son fils Amédée Tremblay fut un compositeur de renom qui mourut à Los Angeles, en 1949.

Richard, né le 14 février 1801, demeure à Trois-Rivières comme son frère André, où il pratique le métier de sellier. Parmi ses enfants issus de son union avec Émilie Cloutier, le 30 janvier 1826, à Trois-Rivières, mentionnons John Xavier, ordonné prêtre le 25 septembre 1870, à Nicolet, et Richard Stanislas, avocat, juge de la cour supérieure, député provincial et maire de Trois-Rivières.

La naissance de Richard fut suivie par celle de Brigitte Émilie, le 27 octobre 1802. Elle meurt le 5 février 1804. Quelques mois plus tard, le 26 octobre 1804, naît Marie Anastasie surnommée Nancy, pour qui l’évêque Thomas avait une grande affection. Lorsqu’il occupait la cure de Saint-Ambroise, il fit venir Nancy pour habiter avec lui. Courtisée par les jeunes hommes, elle arrêta son choix sur Charles Falardeau, qu’elle épouse le 23 mai 1826. Après quelques années, le couple se fixe à Saint-Alban, dans le comté de Portneuf, où leur descendance est nombreuse. Finalement, la naissance d’Élisabeth, le 1er novembre 1806, fut attristée par le décès de la mère. De constitution délicate, Élisabeth se dévoue à son frère évêque et aux œuvres charitables. Après la nomination de Thomas comme curé de Trois-Rivières, elle s’occupe de l’administration de la cure et plus tard de celle de l’évêché.