Les Caron: «Tenir et servir»

Xavier Caron et sa famille. (Archives de l'auteure)



Par : Sylvie Tremblay

Une des particularités de la généalogie est de pouvoir associer un patronyme à la toponymie. Ainsi, lorsque nous prononçons le nom de Tremblay, nous pensons aussitôt Charlevoix ou Lac-Saint-Jean. Pour le nom «Caron», la réaction est la suivante : L’Islet, que ce soit le beau village le long du littoral du fleuve Saint-Laurent ou le comté en entier. En 1986, on estimait à 15 000 le nombre de Caron en Amérique du Nord. Cette année marquait le 350e anniversaire de l'arrivée de Robert, ancêtre de presque tous les Caron. Toutefois, il ne faut pas oublier que trois autres hommes portant le nom de Caron sont venus en Nouvelle-France et ont fondé des familles. Il s'agit de Claude et de Vital, natifs de l'Auvergne et de Jean, originaire de La Rochelle.

Le lieu d'origine de Robert Caron en France nous est encore inconnu. Certains chercheurs ont avancé la Saintonge, d'autres la Normandie. Nous savons toutefois qu'il figure parmi les premiers habitants de la colonie. Il serait arrivé à Québec au cours de l'été 1636, puisqu'il est témoin au mariage de Jamin Bourguignon, le 30 novembre 1636.

L'automne suivant, le 25 octobre 1637, Robert Caron unit sa destinée à celle de Marie Crevet. Les témoins sont Jamin Bourguignon, qui lui rend sa faveur, Noël Langlois et Robert Giffard. Sept enfants verront le jour : trois filles et quatre fils. Si la famille de Robert n'est pas très nombreuse pour l'époque, le phénomène inverse se produit pour celle de ses enfants. Par ses petits-enfants, le nom de Caron se propage et est associé aux Paré, Simard, Fortin, Poulin, etc. En 1729, après moins d'un siècle au pays, on dénombre 584 descendants du couple Crevet-Caron!

Toute sa vie, Robert réside dans la grande région de la ville de Québec. Dès 1637, il se fixe à Beaupré, près du Sault Montmorency. Après avoir vendu cette première terre à Guillaume Couillard, le 4 octobre 1642, il s'établit au coteau Sainte-Geneviève, à l'ouest de Québec. Le titre officiel de la concession lui est délivré le 29 août 1649 par la Compagnie des Cent-Associés. Cette même terre est augmentée de 20 arpents, le 24 juillet 1651, par le gouverneur Louis d’Ailleboust. Il s’est départi de cette seconde propriété, le 24 mai 1654. Auparavant, le 27 mars, il achète de Julien Fortin, une terre de 5 arpents de front située à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Robert Caron meurt à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 8 juillet 1656, à l'âge de 44 ou 45 ans. Dix ans plus tard, le 27 juillet 1666, Marie Crevet se remarie avec Noël Langlois, témoin à son mariage 30 ans plus tôt, et veuf depuis peu de Françoise Grenier. Cette union prend fin le 15 juillet 1684, avec le décès de Noël Langlois. Marie Crevet va alors résider à Baie-Saint-Paul chez sa fille Catherine, où elle est décédée le 22 novembre 1695, âgée d'environ 92 ans.

Parmi les descendants de Robert Caron, mentionnons René-Édouard Caron, né le 11 octobre 1800, et fils d’Augustin Caron, député de Northumberland, en 1808, et d’Élisabeth Lessard. Après des études au Séminaire de Québec, de 1813 à 1820, René-Édouard fait l’apprentissage du droit et est admis au barreau, en 1826. La vie politique l’attire et dès 1834, il est élu maire de la ville de Québec jusqu’en 1837 et de nouveau, de 1840 à 1846. Par la suite, il entreprend une carrière politique au sein du Conseil législatif du Bas-Canada, de 1841 à 1853, couronnée par sa nomination comme lieutenant-gouverneur de la province de Québec, en 1873. Il fut aussi juge de la Cour du banc de la reine à compter de 1855. Il épouse à Québec, le 16 septembre 1828, Marie-Vénérande-Joséphine Deblois. René-Édouard Caron meurt dans l’exercice de ses fonctions, à sa résidence de Spencer Wood, le 13 décembre 1876. Son fils, Adolphe-Philippe fut député à la Chambre des communes de 1873 à 1900. Par le jeu des alliances matrimoniales, cette famille Caron est aussi reliée à la famille Taschereau.

L’Association des familles Caron a été fondée en 1984 et compte actuellement un peu de plus de 700 membres. Comme toutes les associations de famille, les Caron organisent des activités tout au long de l’année et sont présents aux Fêtes de la Nouvelle-France. Le rassemblement de 1986 a réuni 2 800 descendants à Saint-Jean-Port-Joli. L’association a publié un dictionnaire généalogique contenant plus de 13 000 mariages. Soulignons que cette association de famille est l’une des premières et des rares associations à rendre disponible sa banque de données sur le Web (www.genealogie.org/famille/caron). C’est une façon concrète de mettre en application leur devise : «Tenir et servir». Le prochain rassemblement aura lieu les 21 et 22 septembre 2002, à Montmagny.