Par : Raymond Deraspe
Ernest Lapointe, qui vécut de 1876 à 1941, fut député de 1904 jusqu’à sa mort, en 1941, de Kamouraska d’abord durant quinze ans, choix de son prédécesseur H. George Carroll devenu juge de la Cour supérieure, puis lieutenant-gouverneur du Québec, ensuite de Québec-Est pendant 22 ans, succédant à cet égard à Wilfrid Laurier. Le Québec-Est d’Ernest Lapointe était borné au sud par la rue Saint-Jean, à l’ouest par la rue Salaberry, le boulevard Langelier et la ville de Québec-Ouest (Vanier), au nord par la ville de Charlesbourg et enfin à l’est par le fleuve Saint-Laurent et le quartier Champlain de la ville de Québec, c’est-à-dire le secteur du Palais de l’intendant et le Quartier latin.
Dès l’élection du gouvernement de Mackenzie King, en 1921, Ernest Lapointe fut appelé au cabinet canadien. Sans lui, jamais King, qui l’a reconnu souvent, n’aurait remporté la direction du Parti libéral du Canada. Lapointe, c’était l’homme fort du Québec et du Canada français pour lesquels il s’est toujours battu. Il fut le principal architecte de la politique extérieure du Canada. Il se l’est même fait reprocher par le premier ministre comme nous l’indique l’un des ouvrages cités par madame Betcherman, une thèse soutenue à Laval et commentée en son temps dans Cap-aux-Diamants : John MacFarlane, Ernest Lapointe and Quebec’s Influence on Canadian Foreing Policy, UTP 1999. M. King aurait préféré plus de patronage et moins d’affaires extérieures... Pour Lapointe, le patronage était plutôt une malédiction.
On constate que Lapointe ne défendait pas l’indéfendable en Chambre. Silence dans le scandale des douanes et l’imbroglio constitutionnel de 1926. Il s’en permettait davantage en campagne électorale, celle de 1926 en tout cas. D’ailleurs, à mon avis, l’ouvrage est insatisfaisant quant à l’attitude du gouvernement à l’endroit du gouverneur général Byng, dont les décisions furent correctes selon feu Jean-Charles Bonenfant et le constitutionnaliste Eugene Forsey. L’ouvrage de Roger Graham sur Arthur Meighen, en 1963, est mieux articulé à cet égard.
Ernest Lapointe aurait-il approuvé la conscription pour service hors du Canada ? La question reste ouverte quoique sa fille Odette, épouse de Roger Ouimet, est d’avis que non.
Remarquable orateur, juriste d’envergure, Ernest Lapointe a perdu beaucoup d’argent à se consacrer à la politique plutôt qu’à la pratique du droit.
La ville du Cap-aux-Diamants n’aurait-elle fourni que ce parlementaire que les Communes lui devraient beaucoup.
 |