101 années de vedettariat au Québec
Philippe Laframboise et al. 101 années de vedettariat au Québec. Outremont. Éditions du Trécarré et Montréal. Le Journal de Montréal, 2000, 160 p.


Par : Yves Laberge

À l'ère des études savantes sur la fabrication des célébrités (celebrity culture) analysant les impacts sociaux de la culture de masse, principalement dans le monde anglo-saxon, on trouve par ailleurs au Québec un album assez unique présentant chronologiquement des portraits de plusieurs de nos grandes vedettes de la chanson, de la radio, de la littérature, de la télévision, depuis le début du XXe siècle. En fait, 101 années de vedettariat au Québec ressemble à un album de photographies de nos vedettes passées et récentes. Or, là où les admirateurs de tous âges voudraient reconnaître leurs célébrités préférées, l'historien du XXIe siècle trouvera au contraire un intérêt peut-être plus grand à identifier ces vedettes d'antan, autrefois célèbres, en se demandant à quel point furent-elles importantes et pourquoi, dans certains cas, les a-t-on oubliées si rapidement? Autrement dit, si ce livre nous montre les personnalités les plus connues du Québec depuis plus de 100 ans, comment se fait-il que certaines soient si rapidement retombées dans l'anonymat?

La première moitié de l'ouvrage est la plus intéressante du point de vue iconographique et la plus instructive sur le plan historique. Plusieurs vedettes montréalaises des années 1920 et 1930 y apparaissent dignement : Julien Daoust, fondateur du Théâtre National Français, mais aussi des comédiens : Eugénie Verteuil, Pierre Durand et Juliette Béliveau (p. 10). En plus de nombreuses photographies, on rencontre quelques documents d'époque, comme cette affiche présentant trois salles et leurs programmes de spectacles à Montréal : le Cristal, le National, le Palais Royal (p. 11). On revit la période du burlesque des années 1940 avec Olivier Guimond (le premier de ce nom) (p. 17), des personnages de la radio comme Mimi D'Estée (p. 19), le compositeur Ernest Lavigne, des chanteurs légendaires comme Lionel Daunais et Raoul Jobin (p. 21).

Ouvrage richement illustré, le texte y est toutefois minimal. En fait, 101 années de vedettariat au Québec n'a que deux défauts : celui de se concentrer beaucoup trop sur la scène montréalaise, à une époque où chaque région avait ses propres vedettes créées par les stations de radio locales (comme Saint-Georges Côté à Québec). De plus, les dates de plusieurs photographies sont souvent inexactes, par exemple dans le cas des photos de Denise St-Pierre (plutôt en 1970 qu'en 1954) et de Denise Filiatrault (probablement en 1967, mais non en 1960) (p. 42-43). Cet album rare n'a pas d'équivalent au Québec : il est en outre un symptôme de la disproportion flagrante entre les archives iconographiques d'avant 1950 (très limitées en nombre) et la surabondance d'images d'après 1980. On le parcourt avec plaisir.