Anglos : la face cachée de Québec. Tome I, 1608-1850, Les
Louisa Blair. Les Anglos : la face cachée de Québec. Tome I, 1608-1850. Québec, Commission de la capitale nationale du Québec et Éditions Sylvain Harvey, 2005, 130 p. (Coll. La bibliothèque de la capitale nationale).


Par : Pascal Huot

Dans un devoir de mémoire collective, l’omission est un facteur néfaste à la construction d’une communauté liée par des réalités où les identités sont plurielles. L’auteure de ce livre redonne aux Anglos de la ville de Québec la place et le mérite qui leur reviennent. Présents depuis les tout premiers jours de l’établissement français en Amérique, leurs contributions ont marqué profondément le paysage. Issue d’une famille d’ascendances anglaise et écossaise établie dans la capitale depuis le début du XIXe siècle, Louisa Blair explore la richesse de ce patrimoine en dressant un portrait d’ensemble des Anglais qui, précise-t-elle, n’étaient pas tous des Anglais, mais aussi des Juifs, des Grecs, des Écossais et des Irlandais, et ce, depuis les premiers arrivants foulant le sol de la colonie jusqu’en 1850, date à laquelle le tome deux prend la relève.

Disponible aussi dans la langue de Shakespeare, le projet étant d’offrir aux lecteurs tant anglophones que francophones un dénominateur commun, le livre constitue une chronique des faits historiques et des individus qui ont construit l’histoire d’une ville où les pures laines sont plus souvent qu’autrement métissés. Cette présence anglophone est issue de divers horizons. En plus des soldats britanniques en garnison et des marchands de bois prospères, il y a eu aussi des prisonniers, des marins, des domestiques et des esclaves. De cette multitude d’acteurs, l’auteure fait émerger des anecdotes individuelles, dont celle de Joe l’esclave qui actionne les presses de la Gazette de Québec et de l’Écossaise James Miranda Stuart, travestie qui aura une illustre carrière médicale pendant 46 ans. Certains moments de l’histoire locale sont aussi mis de l’avant comme l’arrivée des Loyalistes, l’épidémie de choléra de 1832, sans omettre l’ouverture de l’asile de Beauport par le médecin écossais James Douglas.

Placé dans la lignée des beaux livres, l’ouvrage orne ses pages d’une iconographie abondante, diversifiée et présentée dans une qualité visuelle irréprochable, passant des aquarelles du topographe James P. Cockburn, aux photographies d’archives des « lunatiques » en pique-nique, à la reproduction d’un ouvrage à l’aiguille de Mary Sheepey et au certificat de propreté accordé aux immigrants à Grosse-Île. Dommage que, dans cette richesse visuelle, la mention des supports des œuvres ne soient pas mentionnés. Une chronologie, quelques lectures suggérées et un index complètent l’ensemble. Le produit fini constitue une mine de renseignements qui lève le voile sur cette face cachée de la grande et de la petite histoire de Québec, façonnée par des tensions ethniques, mais où l’entraide fait aussi surface, notamment par le partage, entre catholiques et protestants, d’église, quoique nettoyée entre les offices avec de l’eau bénite, ainsi que par des mariages mixtes qui créent des réseaux très serrés entre les deux cultures. Même un perroquet domestique devient bilingue, preuve que les barrières linguistiques ne tiennent plus.