Adélard Turgeon. Un parlementaire de cœur et de culture (1863-1930)
Denis Racine. Adélard Turgeon. Un parlementaire de cœur et de culture (1863-1930). Québec, Société de généalogie de Québec, 2004, 496 p. (Contribution no 101).


Par : Monique Duval

Connaissez-vous Adélard Turgeon? Ce nom vous dit-il quelque chose? Peut-être que oui peut-être que non, diraient nos ancêtres les Normands. À vrai dire, Adélard Turgeon, comme plusieurs de ses contemporains, est presque tombé dans l'oubli en dépit du rôle important qu'il a joué dans notre histoire à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

Pour Denis Racine, grand amateur d'histoire et de généalogie, président de la Société historique de Québec de 1980 à 1983, l'absence de monographies de ces hommes et de ces femmes au pouvoir, même s'ils n'en occupaient pas la première place, est à déplorer et devrait être comblée grâce aux études et à la recherche des historiens d'aujourd'hui. Apportant sa pierre à l'édifice, l’auteur a concentré ses intérêts sur Adélard Turgeon. Pourquoi celui-là? Parce qu'il a été au cœur de la politique pendant de nombreuses années, qu'il a été un pilier du Parti libéral, disciple d'honoré Honoré Mercier et de Wilfrid Laurier avec qui, d'ailleurs, on lui trouvait beaucoup d'affinités.

Sous le titre de Adélard Turgeon, un parlementaire de cœur et de culture (1863-1930), la Société historique de Bellechasse et la Société de généalogie de Québec viennent de publier un ouvrage qui non seulement nous fait connaître un homme de grande classe mais nous plonge dans une époque de vie politique intense pour ne pas dire agitée, voire tumultueuse, tout comme aujourd'hui pourrait-on ajouter.

Après quelques pages consacrées à la généalogie de la famille Turgeon, l'auteur situe le personnage né à Beaumont, le 18 décembre 1863, faisant ses études classiques au collège de Lévis, ses études de droit à l'Université Laval puis ses premières années de pratique à Lévis.

Assez vite, la politique l'intéressera. Dès 1890, à l'âge de 26 ans, il se fait élire député de Bellechasse, point de départ d'une carrière qui durera 30 ans. En 1890, Honoré Mercier, "le grand Mercier" est au pouvoir. Le jeune Turgeon est subjugué par cette personnalité comme il le sera, un peu plus tard, par un autre très grand qui se nomme Wilfrid Laurier.

Toute sa vie, Adélard Turgeon demeurera fidèle à ces deux hommes, au Parti libéral et à ses électeurs. À partir de 1890, il se fera élire sept fois dans son comté (Bellechasse). On le verra ministre, pour la première fois, dans le cabinet de Félix-Gabriel Marchand, en 1897, ministre de la Colonisation et des Mines.

On le verra, également, secrétaire de la province, puis président du Conseil législatif, titulaire de divers ministères les occupant tous à l'exception des Finances signale l'auteur de l'ouvrage. Grand orateur, homme de culture, il est, en 1902, président de la Société du bon parler français. C'est lui, également, qui créera la Commission des monuments historiques, aujourd'hui Commission des biens culturels du Québec.

Turgeon aurait pu, en 1920, au départ de Lomer Gouin comme premier ministre accéder à ce poste, mais il déclina l'offre tout comme il le fit pour la fonction de lieutenant-gouverneur. Cela fait dire au préfacier du nouvel ouvrage, Denis Hardy, ministre des Affaires culturelles dans le gouvernement Bourassa : "Turgeon semble dépourvu d'ambition dévorante, préférant jouer un rôle de second plan, jouir d'une certaine stabilité et profiter d'autres avantages de la vie". Monsieur Hardy établit, ici, un certain parallèle entre Adélard Turgeon, et Gérard D. Lévesque, deux figures marquantes de leur parti et de leur gouvernement. Adélard Turgeon meurt en 1930.

Très intéressant, ce livre de notre collègue Denis Racine. Très bien documenté, il fait revivre une époque importante de notre vie et de notre histoire, une époque où le Québec se développe, grandit, s'affirme pour devenir ce qu'il est aujourd'hui à l'aube du XXIe siècle.