Par : Jean-Guy Deschênes
Y a-t-il une seule et unique manière de puiser aux sources? Que non! Et c'est tant mieux. Voici deux livres fort différents, quoiqu'ils portent précisément sur la vie et l'expérience de deux pères jésuites ayant été missionnaires chez des populations iroquoiennes au XVIIe siècle, et je ne saurais dire lequel je préfère.
Le premier suit le parcours du père Chaumonot qui, dès son arrivée en Nouvelle-France, en 1639, à l'âge de 28 ans, se joignit aux missions jésuites en Huronie et qui, de 1650 jusqu'à sa mort, en 1693, eut la charge de l'église huronne dans la région de Québec. Latourelle en trace un portrait fin et détaillé qu'animent de nombreux extraits de l'autobiographie que ce missionnaire, contrairement à la plupart de ses confrères, écrivit à la fin de ses jours, à la demande de ses supérieurs. Chaumonot y apparaît, à travers ses réflexions sur ses diverses occupations, comme un individu à la fois humble, profondément engagé et ne manquant pas de recul sur sa propre condition.
Le second présente les faits et gestes de Pierre Millet en Iroquoisie où il fut envoyé en mission, d'abord chez les Onnontagués, en 1668, puis quatre ans plus tard chez les Onneiouts qui en firent en 1689, par un étrange concours de circonstances, l'un des 50 chefs civils héréditaires composant le Conseil des Cinq-Nations. Pour que les interventions de Millet soient comprises dans le contexte culturel, social et politique où elles eurent lieu, St-Arnaud brosse un tableau très intéressant de l'Iroquoisie du dernier tiers du XVIIe siècle. Millet y figure non seulement comme un témoin privilégié, mais aussi comme un acteur particulièrement habile.
Ces deux livres dont les perspectives divergent, l'un visant à faire reconnaître la sainteté du père Chaumonot, l'autre cherchant à apporter une contribution à l'ethnohistoire des Iroquois, reposent sur une étude minutieuse des écrits des protagonistes – et il est amusant de constater que ces deux missionnaires ont porté le même nom, Aronhiatiri en huron et Teharonhiagannra en iroquois, qui signifierait «Porte-Ciel». Donc, deux livres dont la comparaison montre l'immense potentiel interprétatif offert par les sources jésuites.
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